16 juillet 2021

Le cerveau des enfants : mythes et réalités

Depuis quelques années, les neurosciences sont une partie intégrante du domaine de l’éducation. Les neuroscientifiques participent de plus en plus à l’évolution de nos pratiques éducatives, afin de s’adapter au mieux au cerveau des enfants. Ce qu’ils nous apprennent notamment est que le cerveau de l’enfant est bien plus imprévisible qu’on ne le pense et que nous ne sommes qu’aux prémices de ces découvertes.

Quelques définitions

Les neurosciences intègrent toutes les disciplines qui étudient l’anatomie et surtout le fonctionnement du cerveau. Parmi ces neurosciences, dans le cadre de l’éducation, nous nous intéressons particulièrement aux neurosciences cognitives, qui étudient tous les mécanismes neurobiologiques de la cognition : la mémoire, l’attention, la perception, la motricité, etc.

Vous trouverez ci-dessous quelques découvertes récentes des neurosciences en termes d’éducation.

Le bébé et le cerveau

Lorsque le bébé naît, son cerveau intègre déjà environ 100 milliards de neurones, soit tous ceux dont il aura besoin pendant toute sa vie ! Comme on le sait pour que le cerveau puisse fonctionner, les neurones doivent créer des connexions entre eux et ces connexions existent déjà dans le ventre de la mère ! En entendant les bruits, en bougeant dans le ventre de sa mère, etc., le bébé améliore ses connexions entre les neurones. On dit aussi que le bébé a des capacités proto thématiques : il naît avec des compétences abstraites du nombre et de l’arithmétique !

Chaque enfant est unique et son cerveau est bien plus complexe qu’on ne le pense

Cela est notamment possible grâce à la plasticité cérébrale : le cerveau se façonne en fonction de l’histoire vécue et a donc une évolution dynamique à travers le temps. En effet, pour que le cerveau traite l’information, il faut que les neurones se connectent entre eux. Cependant, ces connexions ne sont jamais figées, elles évoluent avec l’environnement, l’histoire, l’expérience, etc.

Le cerveau et les émotions

Le cerveau de l’enfant est dominé par ses émotions. En effet, il n’a pas encore ces filtres que le cerveau d’un adulte comporte. Cela va donc lui faire vivre ses émotions de manière très intense (que ce soit des émotions de joie ou de colère). Le rôle de l’adulte est donc de l’accompagner, de le rassurer, quand il s’agit par exemple de la tristesse, car le cerveau de l’enfant est une véritable éponge ! Le cerveau de l’enfant absorbe tout au risque de laisser des traces importantes.

L’environnement et le cerveau

Selon l’environnement dans lequel l’enfant évolue, la configuration des réseaux neuronaux des enfants évoluent. On retrouve alors l’importance portée pour l’environnement dans les pédagogies alternatives comme la pédagogie Montessori, Decroly, etc.

Idées reçues sur le cerveau des enfants

On appelle les neuromythes toutes les fausses croyances autour du cerveau. Il existe de nombreux neuromythes autour de l’éducation des enfants.

L’un des plus connus est le titre du best-seller de Fitzgerald Dodson paru en 1972 “Tout se joue avant 6 ans ?” Les parents n’auraient donc que 6 années pour réussir l’éducation de leurs enfants ! Ce mythe est notamment issu de l’analyse de la taille du cerveau d’un enfant de 6 ans, qui atteindrait la même taille de cerveau que celui d’un adulte. Or, on sait aujourd’hui avec les neurosciences, qu’il faut plus de trois décennies pour que le cerveau ait un développement mature, sachant que ce développement ne s’arrête pas là. Bien entendu, ce que l’enfant vit pendant ces six premières années de vie est essentiel et aura une influence sur son comportement cognitif et donc son avenir. Cela confirme donc le fait que les enfants ont des capacités illimitées d’apprentissage. Bien entendu, ces apprentissages ne sont pas uniquement liés aux résultats scolaires.

Un autre neuromythe qu’il est important d’oublier lorsqu’il s’agit d’accompagner les enfants est celui que les enfants auraient des profils d’apprentissage notamment liés à la mémoire : un enfant serait plus visuel, un autre auditif, kinesthésique, etc. Le traitement neurologique d’une information est bien complexe que cela, et est influencé par l’environnement, par le degré de confiance en soi, etc.

Enfin, un des derniers neuromythes très répandus dans l’éducation traditionnelle est celui du retard d’apprentissage : un retard d’apprentissage peut toujours se rattraper que la “période sensible” soit passée ou non. En effet, certains pensent qu’une fois la période sensible dépassée l’enfant aurait plus de mal à intégrer les concepts. Cependant, les neurosciences prouvent qu’il n’y a pas de périodes critiques au-delà desquelles l’enfant ne peut plus apprendre. On parle plus de “fenêtres d’opportunité” pour faciliter l’apprentissage. 

Pédagogie Montessori et neurosciences

Certaines découvertes des neurosciences vont dans le sens des préceptes de la pédagogie Montessori. La pédagogie Montessori renforcerait donc certaines fonctions cérébrales qui aident pour le développement cognitif, comme par exemple, le fait de s’adapter au rythme de l’enfant : l’un des principes essentiels de la pédagogie Montessori est le développement de l’autonomie. Afin que les enfants se responsabilisent, on les invite dès le plus jeune âge à prendre le contrôle de leur apprentissage. Grâce au matériel Montessori, l’enfant va décider l’exercice qu’il souhaite réaliser et apprendre par lui-même. Cette méthode d’enseignement est donc complètement individualisée et adaptée aux particularités de l’enfant. Bien entendu, cette autonomie est cadrée, puisque l’enfant a besoin de ce cadre pour être rassuré. Cela va donc totalement de pair avec les neurosciences cognitives qui nous apprennent que le cerveau de l’enfant est si complexe, que pour le développer il faut s’y adapter. Le modèle d’éducation dit “classique” est pourtant bien différent de ces recommandations, puisque le modèle de cours magistraux, de programmes scolaires toujours plus abondants, etc. forcent les enseignants à suivre un rythme effréné de transmission.